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  • Createur du Chemin de la Paix et de la Liberte de Bruyeres-Biffontaine. Historien, Ecrivain Francais vivant a Honolullu. Publie livres en anglais et francais. Histoire de Bruyeres-en-Vosges,des Hawaiiens, de la deuxieme guerre Mondiale

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Mai 1940 —L’attaque foudroyante des Armées du IIIe Reich prend de court les troupes françaises, mal préparées. C’est la grande débâcle, l’invasion allemande.

 

10 juin 1940 — De nombreux soldats français se replient en débandade vers le sud, sans chefs et sans armes. Ils seront presque tous faits prisonniers. Les nouvelles imprécises, qui parviennent à Bruyères, inquiètent la population, mais le 13 juin il est clair que les Allemands sont proches. Par intervalle, la canonnade se fait entendre. Le dépôt militaire est évacué. Les hommes non encore soumis aux obligations militaires ainsi que les jeunes de 18 à 50 ans ont ordre de rejoindre Dijon par n’importe quel moyen.

 

14 juin 1940 — À minuit, le Commandant du dépôt donne au Maire Louis Gillon l’ordre de détruire ou de distribuer le matériel et les provisions existant à la caserne de Barbazan, pour que cela ne tombe pas aux mains de l’ennemi. Les routes sont encombrées de troupes de toutes provenances. Les unités sont disloquées. Aux troupes se mêlent d’innombrables files de véhicules. L’exode dans toute son horreur gagne la région. Les colonnes sont harcelées par des avions italiens qui mitraillent et bombardent le bord des routes.

 

18 juin 1940 – Cinq avions ennemis bombardent la ville en suivant une ligne menant droit sur l’hôpital. Treize bombes sont larguées à une centaine de mètres, l’une de l’autre. La première tombe route de Laval. Les suivantes le font dans le parterre de l’institution Jeanne d’Arc (où a été installé un hôpital de fortune), dans le jardin du même établissement de la rue Gambetta (où Madame Wirtz est tuée ainsi que deux soldats et la fillette Mangeonjean blessée), rue Abel Ferry, aux Capucins (où sept maisons sont la proie des flammes), dans la propriété Gabrion et le reste est perdu dans les jardins et prés en direction de l’Avison.

 

C’est un hasard providentiel que l’hôpital soit épargné, les bombes ayant causé les plus gros dégâts étant tombées à moins de 50 mètres. Dans ces horribles conditions, très peu de Bruyèrois entendront le célèbre appel à la Résistance du Général de Gaulle, diffusé par Londres. Dans la nuit, un train de blessés en quête depuis plusieurs jours d’un hôpital voulant les accueillir, arrive en gare de Bruyères.

 

Plusieurs centaines de blessés sont transportés à l’hôpital et à son annexe. Le nombre des lits est insuffisant pour recevoir tous ces malheureux. Il y en a partout, dans les salles, les couloirs, dehors, sur des matelas, sur des brancards. La section sanitaire fait le tri. Les médecins militaires Baur, Francfort, Malton et Levy, le pharmacien Sartory et d’autres encore vont opérer pendant trois jours et trois nuits, sans arrêt, cherchant à sauver le maximum de ces blessés. Parmi eux se trouve le sergent-chef François Mitterrand, futur président de la République, très affaibli par une blessure à l’omoplate. Les efforts continus des médecins donnent un résultat quasi inespéré : environ 90 % des blessés peuvent être sauvés.

 

Outre le personnel militaire, celui de l’hôpital et les membres de la Croix-Rouge locale sont d’un dévouement sans égal et si, dans certains endroits, les défaillances existent, Bruyères demeure fidèle. L’hôpital offre, dans ces moments pénibles, le plus bel exemple de courage.

 

21 juin 1940 – Partout, le calme le plus complet, angoissant. Les préparatifs de défense de la ville sont pratiquement terminés. Le Commandant Rouvier du 206e R.R.P. décide de défendre Bruyères. L’hôpital continue son œuvre salvatrice. Inquiet des travaux de défense qui entourent l’établissement, le Dr Fernand Meerseman, médecin responsable, se rend au P.C. Il insiste auprès du Commandant de la place afin que Bruyères soit déclarée ville ouverte sanitaire en raison du trop grand nombre de blessés qui risquent de subir une nouvelle fois le choc de la guerre sans pouvoir faire front à l’envahisseur. Le Commandant Rouvier se range finalement à son avis. La région étant bloquée de toutes parts, la défense, avec les moyens de fortune, s’avère inopérante. Vers 16 heures, un Oberlieutenant allemand, les yeux non bandés, entre dans la ville et parlemente avec le Lieutenant-colonel de Benguy devant la gendarmerie, puis il fait demi-tour. Quelques instants plus tard, les premiers éléments ennemis font leur entrée, musique en tête.

 

Retranchés dans la montagne du château, quelques soldats français, décidés à combattre jusqu’au bout, ouvrent le feu sur les envahisseurs se dirigeant dans leur direction. Première émotion, les Allemands parlent de prendre des otages si le tir ne cesse pas immédiatement. Madame Ménard, l’institutrice, s’avance vers le château malgré le danger, et demande aux courageux soldats de cesser le feu. Leur résistance est inutile et peut avoir de graves conséquences pour la population. Parmi la vingtaine de soldats se trouve Georges Roger Digout, né à Bruyères le 2 août 1904. Des centaines d’ennemis cernent la propriété. Après bien des hésitations et la rage au cœur devant leur impuissance, ces braves déposent les armes, et se rendent la tête haute.

 

À l’hôpital où le travail est acharné, on apprend que les Allemands sont dans la ville. Tous restent à leur poste malgré tout. Une voiture arrive en trombe en face de l’hôpital. Une dizaine d’Allemands font irruption dans la cour, armés jusqu’aux dents, mitraillette au poing, et grenades dans les bottes. Le Commandant se présente et en compagnie de la sœur supérieure, commence le contrôle de l’établissement. Ils entrent dans la salle des malades où se trouve le sergent-chef Mitterrand. Deux hommes armés pénètrent dans la salle d’opération. Personne ne lève la tête. Les deux Allemands se mettent au garde-à-vous, saluent, puis se retirent en maudissant la guerre. P40 - Mitterrand

 

Bruyères est envahie. Les troupes allemandes occupent la ville. Elles se reforment ensuite en colonnes puis, musique en tête, elles se dirigent vers Laval, en direction d’Épinal. Certains éléments de la 8e Armée française, repliés, se sont mis en position entre Bruyères et Laval, les Chasseurs à cheval de Tarbes attendent l’ennemi. Lorsque la première colonne allemande arrive à découvert, elle est saluée par une salve nourrie. D’après les Allemands, une dizaine des leurs sont touchés. Les témoins oculaires en dénombrent près de 80. Dans l’autre camp, une vingtaine de soldats français reposent au cimetière de Laval.

 

Le Colonel allemand, furieux, parle de trahison. Il demande le Maire Gillon sur-le-champ, l’avise qu’il le rend responsable de ce qui s’est passé et, en outre, accuse des civils d’avoir tiré sur ses troupes depuis le clocher de l’église. Il procède aussitôt à l’arrestation du Maire, du Curé, du Lieutenant des pompiers Christophe et de quelques autres Bruyèrois. Ceux-ci sont gardés comme otage toute la nuit sous la menace d’être fusillés.

 

Le Maire Gillon n’hésite pas à engager toute sa responsabilité et fait face au Colonel arrogant et hautain lui montrant que certains Français, bien que vaincus, sont encore braves et dignes dans la défaite. Cette attitude énergique en impose à son adversaire qui libère les otages civils après 14 longues heures de détention.

 

 Mais à 6 heures, ce 22 juin, il fait fusiller au Pré le Duc le soldat Georges-Roger Digout (du 15e Génie) et deux de ses compagnons de combat : Tako Tamboura (du 12e Régiment de tirailleurs sénégalais) à la ferme Gérard, et le Caporal Gilbert Maillot (172e R.I.F.) à Fouchon.  

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La bataille de Bruyeres

La Bataille de Bruyères -Vosges Octobre 1944 par pierre Moulin

Une des DIX plus Importantes Batailles de l'Histoire des USA

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Le Jeudi 7 septembre est un jour très long pour les 23 otages. Les nervis S.S. continuent de terroriser la population bruyèroise et celle des villages environnants. À Laval, les Allemands arrêtent Sergent. Ils se décident à l’exécuter. Le bougre résiste à trois coups de revolver. Bougeant encore, il reçoit le coup de grâce et on l’abandonne dans le ravin. Mais l’homme a la peau dure et il survit à ce traitement peu commun. Il se traîne pendant des heures, avant d’être aperçu et transporté dans une charrette à l’hôpital de Bruyères. Le docteur Alimant s’occupe de son cas désespéré. Les Allemands l’ayant appris, ils font irruption à l’hôpital. Le docteur Alimant réussit à les persuader qu’il est inutile de le fusiller une seconde fois et que son cas est sans espoir. Sergent sortira vivant de cette épreuve. C’est incroyable, mais vrai.

 

01-Otages.jpg Ce matin, le Commandant SS détenant les otages a besoin d’une réparation sur ses bottes favorites et demande à l’adjoint au Maire Richard de lui fournir un bon cordonnier. Monsieur Richard conduit donc l’officier chez Maurice Balland qui accepte d’effectuer le travail. L’officier SS tend au cordonnier une courroie de transmission en cuir, récupérée dans une papeterie voisine et se déchausse. Les bottes étaient dans un triste état et l’officier allait d’ici peu marcher sur ses chaussettes. Maurice Balland entreprit en silence la réparation avec l’officier SS assis en face de lui de l’autre cote de la table de travail.

 

Soudain le Commandant SS remarqua : « Il est dix plombes, vingt broquilles à la dégoulinante de la piaule ! » Jugez de la stupéfaction du cordonnier ! Maurice Balland lui demanda comment il pouvait connaitre un argot parisien aussi précis et répondit qu’il avait passé six années dans la capitale. La conversation s’engagea donc sur l’argot parisien. Balland lui indiqua « le bénard » (pantalon), « la bâche » (casquette), « les pompes » bien sûr (chaussures) et l’Allemand enchaina d’autres noms.

 

Puis Balland lui demanda : « Savez-vous qui a mis le drapeau français sur le Mirador ? » A cette question, le Commandant SS prit un air terrible (sans doute celui qu’il avait lorsqu’il ordonnait une exécution !) et répondit : « Ce sont les terroristes et cela va barder ! » Balland lui dis alors : « Mais non, c’est l’œuvre d’un jeune qui a voulu faire le mariole ! » Ce terme lui était inconnu et Balland ajouta : « Vous n’avez jamais vu à Paris des jeunes gens faire des bêtises pour se rendre intéressant, faire les marioles ! » « Oh ! Si ! Plus d’une fois ! » Répondit l’officier. Balland s’enhardit : «  Faites une enquête auprès du Maire, auprès des interprètes, jamais il n’y a eu de bagarres entre les troupes d’occupation et les Bruyérois, c’est simplement une « voyance » (en patois vosgien, un  acte destiné à se valoriser). L’officier sembla plus détendu. Les bottes étaient terminées et l’officier les enfila. « Vous avez bien  travaillé, je suis très bien dedans ! » Il déposa de l’argent sur la table pour le travail et comme il empoignait la poignée de la porte Balland lui demanda : «  Et pour les prisonniers ? » « Ayez bon espoir ! »

 

Les S.S. brûlent les fermes à Beauménil et Fiménil. La Résistance rencontre d’énormes difficultés : manque d’armes, maquis pourchassé, ravitaillement de plus en plus problématique, compte tenu de la surveillance accrue des forêts. De nombreux maquisards ont été fusillés dans les villages voisins. Beaucoup de Vosgiens ont été déportés sans pouvoir dire adieu à leurs proches. Les Waffen-SS. incendient des dizaines de maisons, ici et là.

 

Vendredi 8 septembre – Les habitants de nombreux villages des alentours, désormais sans abri, refluent sur Bruyères qui reste sous le choc de l’arrestation des otages. Le suspense devient insoutenable, d’autant que l’ennemi ne formule aucune prétention particulière. Enfin, vers midi tombe le verdict, suite à l’intervention courageuse de l’Adjoint Richard et le travail de Maurice Balland, les 23 otages sont libérés, sains et saufs. Ils ne sont pas prêts d’oublier ces heures d’angoisse.

 

L’armée américaine atteint les bords de la Moselle. Bruyères est un point stratégique d’une importance capitale pour l’État-major de la 7e Armée. L’Office of Stratégic Service (O.S.S.) créé par le Général William « Bill » Donovan, cherche à obtenir des renseignements pour mettre en place le dispositif qui permettra de prendre Bruyères et d’ouvrir la route de Saint-Dié. Le Capitaine Justin L. Green et le Major Millas dirigent le service de renseignement (SSS-G2) de la 36e Division U.S. Ils décident d’utiliser les services du Révérend Père Joseph Thiry, membre de l’Intelligence Service Britannique. Ce dernier accepte la mission. Le Major Millas, montrant la carte du théâtre des opérations, lui déclare :

« C’est très simple, nous sommes sur la ligne de la Moselle et nous ne savons pas du tout ce qui se passe de l’autre côté. Nous ignorons absolument ce que font les Allemands, leur force, leurs positions. Nous avons besoin d’un centre de renseignements fournissant des informations précises sur le secteur de Bruyères. Nous allons vous aider à passer les lignes ennemies ».

 

À la nuit tombée, le Père Thiry et le Major Millas se mettent en route. À peine les avant-postes américains dépassés, ils sont accueillis par une rafale de mitrailleuse. Ne prenant pas le risque de se faire tuer sur place, ils doivent battre en retraite. Le lendemain, lors d’un mouvement de trois Divisions (3e, 36e et 45e), le dispositif ennemi se fissure, permettant le passage du Père Thiry et du garde forestier Otton Rebetez, servant de guide.

 

01 Hindou 01 C’est à ce moment qu’arrive dans Bruyères un Régiment SS tout à fait spécial composé d’Indiens qui va immédiatement s’illustrer de la plus mauvaise manière : Le 950e Régiment de la Légion Indienne Libre des Waffen-SS.En janvier 1942, le Ministre de la Propagande Allemande Joseph Goebbels annonça la création de la « Légion des Indiens Libres ». La création des Indiens libres s'effectue par recrutement des prisonniers de guerre d'origine indo-pakistanaise capturés par Rommel pendant la guerre du désert et par des étudiants indiens indépendantistes résidant en Allemagne. Néanmoins avec le temps, les rangs de la Légion gonflent peu à peu en particulier grâce à la mission initiale des premiers éléments de ce contingent qui consiste alors à recruter de nouveaux volontaires, combattants, dans les camps de prisonniers prenant le nom de Freies Indien. Mais si ces centaines, de volontaires affluent c'est en général après avoir subi des pressions ou pour échapper aux conditions déplorables de leur captivité.

 Les Indiens prisonniers de guerre furent transférés vers un camp désigné Arbeitkommando 01 Hindou Patch Frankenburg  en Saxe et là un entrainement militaire fut initié par des Officiers Allemands. 300 volontaires furent retenus et plus tard transférés de Konisburg vers Dresde ou des Uniformes leur furent attribués. Les uniformes étaient ceux de l’Armée Allemande mais les Sikhs de la légion furent autorisés de porter le turban imposé par leur religion à la place du calot règlementaire. Lorsque le nombre des membres de la Légion atteignit les 3.000 recrues, l’Unité prit la désignation de Régiment d’Infanterie Indien 950. Un badge fut dessiné et porté sur la manche droite avec trois bandes horizontales safran, blanche et verte  pour les couleurs de l’Inde avec un tigre sautant en superposition des trois couleurs avec la légende “Freies Indien” (Indiens libres) en caractères noirs sur fond blanc.

 

01 Hindou 02 Le 8 Aout 1944, la Légion des Indiens Libres comprenant le Régiment 950, comme les autres légions étrangères de l’Armée Allemande, furent transférées sous le contrôle de la Waffen-SS. Le changement fut effectif le 15 Aout 1944. La légion des Indiens Libres devint la Légion Indienne Libre des Waffen-SS. Le nouveau Commandant pour les Indiens fut le SS-Oberfuhrer Heinz Bertling. Trois semaines plus tard, le Régiment arrivait à Bruyeres. Les Indiens se distinguent par un pillage systématique des magasins, des clapiers, des basses-cours. Une jeune fille est violée par les vandales. Heureusement pour la ville, ces pillards ne font que passer et se dirigent vers l’Alsace.

 

Une nouvelle rafle de postes de radio a lieu. Les habitants de Bruyères doivent aussi fournir des vêtements aux Miliciens. Motos et voitures sont réquisitionnées, naturellement sans bons de réquisition. Obligation est faite de porter toutes les machines à écrire à la mairie. Enfin, dernière mesure agréable, on coupe l’électricité… Le matin, on apprend qu’on a volé une soutane à l’Abbé Bexon, fait anodin qui aurait pu être tragique.

 

a suivre dans " La Bataille de Bruyeres - Vosges Octobre 1944 par Pierre Moulin

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